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Actualité

Lundi 18 octobre 2010 - Bilan de la situation

Le 18/10/2010
Résumé de la journée du 18 octobre 2010
En dépit d'un vendredi assez calme, simplement marqué par un "blocage" symbolique de moins d'une heure, "blocage" abandonné par les élèves eux-mêmes, ce début de semaine s'est mal passé.

Une nouvelle fois, des élèves sont passés à l'attaque à 8 h 30, après le début des cours. Nous étions pourtant allés leur parler pour les dissuader de commettre des dégradations, mais ils n'ont rien voulu entendre, affirmant que tous les établissements étaient bloqués, qu'ils étaient venus pour casser et qu'ils le feraient.

Dès huit heures quinze, des pétards avaient été lancés et un climat de tension régnait devant l'établissement. A huit heures 30, les élèves ont mis, pour les plus déterminés, leur capuche et leur écharpe pour dissimuler leur visage et sont passés à l'assaut.

Ils nous ont fait reculer en jetant des barres de fer, des pierres et des pétards, puis ils ont lancé contre la grille une poubelle, des palettes et des planchettes de bois et y ont mis le feu. Pendant que le feu prenait, au moins deux élèves se sont acharnés sur la fenêtre de la loge à coups de barre de fer et ont enfoncé le volet et, à la suite, le triple vitrage.



La fenêtre a été ouverte. Un écran d'ordinateur, situé à proximité, a été volé et un élève s'est introduit dans la loge pour y jeter un cocktail molotov et pour dévaster le local. A ce moment, comme la police stationnait à l'entrée de la rue Montaigne, nous avons craint la destruction de la loge et une gestion difficile de la violence que nous constations.

Nous avons donc décidé, alors que les professeurs n'étaient pas en grève et que les cours se déroulaient normalement, de faire évacuer l'établissement en invitant les élèves à sortir par une sortie protégée. 

Cependant, la proximité des forces de l'ordre, la satisfaction d'être entré dans la loge, le fait que le feu ait été éteint à deux reprises par nos soins... ont fait que les assaillants ont, peu à peu, relâché leur pression et se sont dispersés.

Vers 10 h 30, tout était redevenu calme. Privés d'élèves, les professeurs se sont réunis pour alerter monsieur le recteur et nos autorités de tutelle de la situation difficile, voire insupportable, dans laquelle nous nous trouvions.




Beaucoup de parents sont déçus et inquiets de cette suite d'incidents et de la manière dont ils sont gérés. Ils déplorent également une communication insuffisante et beaucoup d'heures de cours perdues alors que les enseignants sont à leur poste, je tiens à le rappeler.

Pour ce qui est de la communication, elle est en effet difficile dans la mesure où nous sommes confrontés, depuis une semaine, à des faits que nous n'avions jamais connus jusqu'à présent, et que nous sommes obligés de prendre des mesures d'urgence sans nuance et sans explication.
Par ailleurs, le fait que la loge serve régulièrement de cible est une difficulté supplémentaire puisqu'elle abrite les organes vitaux de l'établissement (alarme, standard, affranchissement du courrier, commande des portails...). Aujourd'hui, par exemple, le standard a été en dérangement pendant une heure, les portails ont été bloqués jusqu'en milieu d'après-midi et nous n'avons plus de machine à affranchir le courrier.

La seule possibilité d'information est une information a posteriori, en fin de journée, via internet, ce que j'ai fait lundi 11 et jeudi 14 octobre. Quand il n'y a pas d'incident, c'est que tout fonctionne normalement, les cours comme les services d'hébergement. La semaine dernière par exemple, entre mercredi et samedi, même s'il y a eu des incidents ponctuels, la sécurité des élèves n'a jamais été mise en cause et les cours ont eu lieu. Certes, il y a avait des absents dans les classes (des élèves internes qui n'ont pas pu revenir après la fermeture du lundi et du mardi soir, des élèves externes que les familles ont préféré garder au domicile ou des élèves qui refusaient d'entrer au lycée pour "s'exprimer" à l'extérieur) mais les enseignants ont accueilli les élèves en cours quel que soit leur nombre.


Plusieurs parents disent que leur enfant s'est trouvé devant l'entrée principale des lycées à un moment où l'entrée n'était pas possible, où il y avait de l'agitation, voire des flammes et qu'ils sont donc repartis. C'est très regrettable.

La cité scolaire est un vaste ensemble qui comporte sept entrées. En cas de crise, certaines de ces entrées (ou sorties) sont utilisées discrètement pour permettre aux élèves d'accéder au lycée. Il suffit à l'élève de téléphoner au service de vie scolaire :
  • Delambre : 03 22 66 30 68
  • Montaigne : 03 22 66 30 72

pour demander où entrer et être accompagné d'un assistant d'éducation. Nous n'ouvrons pas ostensiblement les entrées du lycée par mesure de sécurité mais nous n'encourageons pas non plus les élèves à escalader les clôtures pour rejoindre les salles de classe. Le tout est de savoir où se présenter et d'attendre qu'un assistant d'éducation vienne ouvrir la porte.


Plusieurs familles s'inquiètent de la sécurité de leur enfant et se demandent pourquoi nous ne faisons pas appel aux services compétents pour assurer cette sécurité.

Mais nous faisons appel, tous les jours, aux services compétents - police et pompiers, quand il le faut - cependant, en raison des incidents récents (jeunes gens blessés par des interventions policières), monsieur le préfet souhaite que les forces de l'ordre interviennent le moins possible pour éviter tout dérapage.

Donc la police intervient peu, c'est la raison pour laquelle les incidents dégénèrent en saccage et en incendie, c'est aussi la raison pour laquelle nous avons décidé de faire évacuer l'établissement aujourd'hui. Si nous avions été surs d'une intervention rapide, nous n'aurions pas pris une mesure aussi lourde et pénalisante pour tout le monde.


Aujourd'hui, 18 octobre au soir, où en sommes-nous ?


Matériellement, le lycée fonctionne. Aujourd'hui, même lorsque nous avons fait sortir les élèves par mesure de sécurité, nous avons tenté de dire aux élèves internes que l'internat n'était pas fermé et qu'ils pouvaient y rester, sans problème, surtout s'ils n'avaient pas de possibilité de transport pour rentrer chez eux. Résultat, nous n'avons plus un élève dans l'établissement, ni en externat ni en internat !


Demain est une grande journée de manifestation nationale : à Delambre-Montaigne, une partie des cours ne sera sans doute pas assurée (professeurs grévistes ou bloqués dans les divers barrages mis en place autour et à d'Amiens), mais le lycée sera ouvert et les services d'hébergement fonctionneront normalement. Si l'on doit attendre des provocations de la part des quelques jeunes gens pour lesquels l'existence de la loge est un problème, nous pensons qu'elles s'exprimeront logiquement demain, et peut-être avec le renfort d'autres lycéens. Donc, par prudence, nous pensons qu'il vaut mieux garder les lycéens à la maison, demain mardi.


Mercredi est le dernier jour de débat de la réforme des retraites au Sénat. "La lutte" risque de se prolonger. Le lycée sera ouvert normalement et une partie, sans doute même une grande partie, des cours sera dispensée si les enseignants peuvent rejoindre l'établissement.


Jeudi et vendredi, apparemment, tous les enseignants des lycées Delambre-Montaigne souhaitent que les cours se déroulent normalement.


Mais le problème est moins le déroulement des cours que l'incertitude persistante dans laquelle nous nous trouvons vis-à-vis de l'attitude des jeunes gens qui profitent de cette période troublée pour se livrer à des "raids" imprévisibles contre notre établissement et d'autres lycées dans Amiens. Nous espérons vivement que monsieur le préfet assouplisse ses consignes en matière d'intervention policière (tout le monde le sollicite dans ce sens, le rectorat, les parents d'élèves, les professeurs, les chefs d'établissement...). Si cet indispensable soutien logistique nous est garanti, nous pourrons faire face à toutes les difficultés ponctuelles. Si nous demeurons seuls face à l'adversité, les choses seront plus "compliquées", évidemment, mais nous accueillerons les élèves.


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