La cité scolaire est un vaste ensemble qui comporte sept entrées. En cas de crise, certaines de ces entrées (ou sorties) sont utilisées discrètement pour permettre aux élèves d'accéder au lycée. Il suffit à l'élève de téléphoner au service de vie scolaire :
pour demander où entrer et être accompagné d'un assistant d'éducation. Nous
n'ouvrons pas ostensiblement les entrées du lycée par mesure de sécurité mais
nous n'encourageons pas non plus les élèves à escalader les clôtures pour
rejoindre les salles de classe. Le tout est de savoir où se présenter et
d'attendre qu'un assistant d'éducation vienne ouvrir la porte.
Plusieurs familles s'inquiètent de la sécurité de leur enfant et se
demandent pourquoi nous ne faisons pas appel aux services compétents pour
assurer cette sécurité.
Mais nous faisons appel, tous les jours, aux services compétents - police
et pompiers, quand il le faut - cependant, en raison des incidents récents
(jeunes gens blessés par des interventions policières), monsieur le préfet
souhaite que les forces de l'ordre interviennent le moins possible pour éviter
tout dérapage.
Donc la police intervient peu, c'est la raison pour laquelle les incidents
dégénèrent en saccage et en incendie, c'est aussi la raison pour laquelle nous
avons décidé de faire évacuer l'établissement aujourd'hui. Si nous avions été
surs d'une intervention rapide, nous n'aurions pas pris une mesure aussi lourde
et pénalisante pour tout le monde.
Aujourd'hui, 18 octobre au soir, où en sommes-nous ?
Matériellement, le lycée fonctionne. Aujourd'hui, même lorsque nous avons fait sortir les élèves par mesure de sécurité, nous avons tenté de dire aux élèves internes que l'internat n'était pas fermé et qu'ils pouvaient y rester, sans problème, surtout s'ils n'avaient pas de possibilité de transport pour rentrer chez eux. Résultat, nous n'avons plus un élève dans l'établissement, ni en externat ni en internat !
Demain est une grande journée de manifestation nationale : à Delambre-Montaigne, une partie des cours ne sera sans doute pas assurée (professeurs grévistes ou bloqués dans les divers barrages mis en place autour et à d'Amiens), mais le lycée sera ouvert et les services d'hébergement fonctionneront normalement. Si l'on doit attendre des provocations de la part des quelques jeunes gens pour lesquels l'existence de la loge est un problème, nous pensons qu'elles s'exprimeront logiquement demain, et peut-être avec le renfort d'autres lycéens. Donc, par prudence, nous pensons qu'il vaut mieux garder les lycéens à la maison, demain mardi.
Mercredi est le dernier jour de débat de la réforme des retraites au Sénat. "La lutte" risque de se prolonger. Le lycée sera ouvert normalement et une partie, sans doute même une grande partie, des cours sera dispensée si les enseignants peuvent rejoindre l'établissement.
Jeudi et vendredi, apparemment, tous les enseignants des lycées Delambre-Montaigne souhaitent que les cours se déroulent normalement.
Mais le problème est moins le déroulement des cours que l'incertitude persistante dans laquelle nous nous trouvons vis-à-vis de l'attitude des jeunes gens qui profitent de cette période troublée pour se livrer à des "raids" imprévisibles contre notre établissement et d'autres lycées dans Amiens. Nous espérons vivement que monsieur le préfet assouplisse ses consignes en matière d'intervention policière (tout le monde le sollicite dans ce sens, le rectorat, les parents d'élèves, les professeurs, les chefs d'établissement...). Si cet indispensable soutien logistique nous est garanti, nous pourrons faire face à toutes les difficultés ponctuelles. Si nous demeurons seuls face à l'adversité, les choses seront plus "compliquées", évidemment, mais nous accueillerons les élèves.